Spécial canicule

Publié le par LaClaire

En plein été, pour lutter contre les effets de la chaleur, quoi de mieux que de lire des romans qui vous emmènent dans les pays où il fait (très) froid ? Voici une sélection piochée dans mes lectures récentes, qui nous font visiter trois continents.

Tous les démons sont ici, de Craig Johnson, raconte l'histoire d'une traque entre le shérif Longmire et un psychopathe évadé retenant des otages, en plein blizzard dans les montagnes du Wyoming.

Ce n'est pas vraiment un polar. L'intrigue est plutôt axée sur la psychologie, voire le mysticisme indien, car Longmire est aidé dans sa poursuite par un Indien Crow, une vraie force de la nature. Le shérif affronte la mort à plusieurs reprises, mais il effectue surtout un parcours intérieur, en harmonie avec les difficiles conditions extérieures: le froid, le danger, l'épuisement, la nature sauvage. Porté par son entêtement à faire son devoir, Longmire va jusqu'au bout de ses forces.

Ce n'est pas forcément le roman idéal pour découvrir cet auteur, car il faut bien connaitre ses personnages pour décoder les nombreux non-dits accompagnant l'intrigue. Longmire n'est pas porté sur l'introspection: on peut le prendre pour un gros plouc, alors qu'il recèle des trésors de finesse et d'humour ... J'ai vraiment adoré ce livre, dévoré en deux jours (c'est bon signe en général!), mais Sabine s'y est ennuyée...

Deuxième proposition : Le dernier Lapon, d'Olivier Truc. Le roman commence au printemps, le jour où la lumière refait son apparition en Laponie (pour 40 minutes seulement), et par moins 40°C ... Voilà qui rafraichit.

Ce polar donne l'occasion de découvrir le peuple Sami et les éleveurs de rennes de nos jours. Tout le roman est extrèmement bien documenté : géographie, élevage, politique locale, géologie... de nombreuses informations au service d'une intrigue à ressorts. Les deux policiers sont intéressants et profonds, ce qui est tellement rare dans les polars français. Le livre est peut-être un peu long, mais cela concourt à camper l'atmosphère. J'avais commencé cet auteur par son 2ème opus, Le détroit du loup, que je préfère légèrement à celui-ci. Mais ce livre reste intéressant et dépaysant.

Je suis sortie de ma zone de confort avec Dans les forêts de Sibérie, de Sylvain Tesson. Car ce roman est en fait un journal des 6 mois que l'auteur, intellectuel parisien, a passé dans une cabane isolée de 9m² au bord du lac Baïkal.

Sa démarche est intellectuelle. A l'approche de la quarantaine, il tente une expérience de vie conforme à ses convictions: simplifier son existence, se rapprocher des besoins primaires de l'homme. En cela il est tout à fait respectable.

Le journal oscille entre réflexion philosophique et description du quotidien, un jour-le-jour modeste axé sur la survie: se chauffer, se nourrir. Il nous dévoile ses pensées sur le rapport à la nature, au temps qui passe, aux saisons, aux autres et à soi-même. De nombreux extraits de ses lectures nourrissent les pages.

Je l'ai trouvé intéressant, assez lucide et convainquant. Bien sûr les limites de son expérience sautent aux yeux : la liste de l'équipement de haute montagne emporté pour résister au froid, le réseau de connaissances mobilisé au service de son aventure, la durée courte de son exil ... et surtout la publication de ce journal. Au final, ce faux départ n'est-il pas un prétexte à produire un objet de consommation intégré à la société dont l'auteur prétend s'extraire ?

Un autre aspect m'a fait tiquer : le nombre de litres de vodkas bus impliqué dans l'affaire... Il y a une fêlure psychologique là-dessous, qui nous est soigneusement dissimulée.

J'ai aussi regardé le film inspiré du livre, un peu décevant par l'abandon de tout ce qui en fait l'intérêt, c'est-à-dire la réflexion. Mais les images sont belles et Raphaël Personnaz est très juste.

J'ai été plus touchée par le parcours du jeune homme décrit dans le film Into the wild, de Sean Penn, basé sur une histoire vraie. J'ai ressenti plus d'intensité et de pureté, jusqu'à la mort.

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